Les 8 pillier yoga

Un voyage dans la philosophie de Patañjali pour comprendre ce que le yoga est vraiment.

Tu penses peut-être que le yoga c’est surtout des gens hyper souples qui se plient en quatre, parfois littéralement. Et oui, on voit beaucoup ça sur les réseaux. Moi aussi j’y ai cru.

Puis je suis allée en Inde. Et là, j’ai compris à quel point cette pratique est profonde, puissante, vivante. Le yoga que j’avais connu jusqu’alors n’était qu’un fragment d’un système beaucoup plus vaste.

Le yoga, c’est autant le confort que l’inconfort. Autant la posture que la pensée. Autant le tapis que la vie en dehors.

J’ai réalisé que le yoga pouvait être à la fois simple et immense.
Qu’il ne demandait pas de devenir quelqu’un d’autre, mais plutôt d’apprendre à être plus présent à ce qui est déjà là

Les Yoga-Sûtra de Patañjali

L’un des textes majeurs de la tradition yogique est le Yoga-Sûtra de Patañjali, rédigé il y a environ deux mille ans.

Ce texte n’est pas un manuel de postures.
Il propose une réflexion profonde sur le fonctionnement du mental, la souffrance humaine, l’attention et le chemin vers plus de clarté intérieure.

Patañjali y décrit ce que l’on appelle les huit membres du yoga (aṣṭāṅga yoga), huit dimensions complémentaires d’une pratique qui touche autant la manière de vivre que la manière de respirer, de bouger ou de méditer.

Ces huit piliers ne sont pas des étapes à réussir dans un ordre parfait.
Ils sont plutôt des repères. Une manière de comprendre que le yoga engage l’être humain dans sa globalité.

Les Yamas sont les règles éthiques du yogi — envers les autres, la nature, le monde. Sans elles, selon Patañjali, le chaos s’installe. Avec elles, l’harmonie devient possible.

Les cinq Yamas :

· Ahimsa: la non-violence, en acte et en pensée

· Satya: la vérité, même quand elle est inconfortable

· Asteya : ne pas voler, ne pas prendre ce qui ne nous appartient pas

· Brahmacarya : la retenue, l’usage juste de l’énergie vitale

· Aparigraha : la non-possessivité, laisser les choses être

Ce ne sont pas des règles rigides, ce sont des invitations à s’interroger. Un yogi ne dit pas « je suis non-violent parce que c’est prescrit ». Il se demande : comment est-ce que je vis la non-violence, envers les autres et envers moi-même ?

Ils demandent surtout une forme de lucidité : observer la manière dont nous parlons, réagissons, jugeons ou consommons.

Le yoga commence déjà là.

Les Niyama concernent l’espace intérieur : la discipline personnelle, l’étude de Là où les Yamas regardent vers l’extérieur, les Niyamas regardent vers l’intérieur. C’est le code d’hygiène intérieure du yogi — ce qu’on se doit à soi-même pour être aligné avec qui on est vraiment.

Pour reprendre Nietzsche, lui-même inspiré de Pindare : « Deviens ce que tu es. » C’est exactement ça, les Niyamas.

Les cinq Niyamas :

· Saucha :se purifier, dans le corps comme dans l’esprit

· Santosha : cultiver le contentement de ce qui est

· Tapas : la discipline qui fait grandir

· Svādhyāya : l’étude de soi, la connaissance intérieure

· Ishvarapranidhāna : s’abandonner, faire confiance à plus grand que soi

Oui, c’est ici qu’arrivent les postures. Mais attention, les āsana ne sont pas des exercices gymniques. Ils servent à harmoniser le corps et le mental, à créer un état de stabilité et de présence.

Dans les Yoga-Sûtra, Patañjali ne décrit qu’une seule chose pour les āsana : sthira sukham āsanam : la posture doit être stable et confortable. Pas parfaite. Pas acrobatique. Stable et confortable.

Les āsana travaillent chaque muscle, chaque nerf, chaque structure du corps. Ils renforcent, assouplissent, équilibrent, et surtout, ils disciplinent le mental. Tenir une posture difficile sans réagir, c’est déjà de la méditation.

Les Prāna désigne le souffle, la vie, l’énergie vitale. Āyāma signifie expansion, étirement, maîtrise. Le Prānāyāma c’est donc l’art de travailler avec le souffle, de l’étirer, le retenir, le diriger.

Ce n’est pas simplement « bien respirer ». C’est apprendre à utiliser le souffle comme outil de transformation, physique, mentale et énergétique.

Les quatre premiers membres sont appelée bahiranga → le yoga extérieur. Le Prānāyāma est le pont vers les trois derniers → le yoga intérieur.

Nos cinq sens sont faits pour explorer le monde extérieur, voir, entendre, goûter, toucher, sentir. Le Pratyāhāra, c’est l’art de les retourner vers l’intérieur.

Ce n’est pas de l’insensibilité. C’est une attention consciente, apprendre à observer ce qui se passe en soi sans être emporté par les stimulations extérieures.

C’est ce que tu pratiques quand ton professeur dit : « Ferme les yeux, ramène l’attention sur ta respiration. » Simple en apparence. Profond dans la pratique.

Quand les sens sont apaisés, l’esprit peut enfin se poser. Dhāranā c’est la concentration totale, fixer l’attention sur un point unique et l’y maintenir.

Une flamme, une sensation, un mot, un symbole. L’important n’est pas l’objet, c’est la capacité à y revenir, encore et encore, chaque fois que le mental s’échappe.

Dhāranā devient Dhyāna quand le flux de concentration devient continu, quand il n’y a plus d’effort pour revenir, juste une présence fluide.

La méditation n’est pas le vide. Ce n’est pas l’absence de pensées. C’est un état de conscience éveillée où l’attention reste stable, claire, sans attachement à ce qui passe.

Samādhi est la destination et peut-être la moins accessible à décrire. C’est l’union complète. L’esprit ne fait plus qu’un avec l’objet de sa méditation. Il n’y a plus de séparation entre le corps, le souffle et la conscience.

Ce n’est pas un état permanent qu’on atteint une fois pour toutes. C’est un espace qui s’entrouvre dans une méditation profonde, dans un instant de grâce, dans un mouvement parfaitement habité.

Le yoga comme mode de vie

Ces huit membres ne sont pas une liste à cocher. Ils sont un chemin non-linéaire, non-parfait, ils vivent à travers toi, à travers ton évolution.

Pratiquer le yoga ce n’est pas atteindre la perfection. C’est se découvrir, se purifier, se discipliner et apprendre à habiter pleinement le moment présent.

Les āsana fortifient le corps. Le prānāyāma équilibre l’énergie. Pratyāhāra et Dhāranā disciplinent le mental. Dhyāna et Samādhi ouvrent la porte du silence intérieur.

C’est un chemin exigeant, parfois inconfortable, souvent doux et profondément transformant. Et tu n’as pas besoin d’aller en Inde pour le commencer.


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