Les 8 pillier yoga

En Occident, le yoga est souvent associé aux postures : un corps souple, un tapis, une pratique physique destinée à se renforcer ou à se détendre.

Les āsana, les postures font bien partie du yoga. Elles ont leur importance. Elles transforment profondément le corps, la respiration, le système nerveux et la qualité de présence à soi. Mais elles ne représentent qu’une partie d’un chemin beaucoup plus vaste.

Le yoga traditionnel est avant tout une discipline de connaissance de soi.
Une manière d’observer son fonctionnement intérieur, de développer une relation plus consciente au corps, au souffle, au mental et à la manière dont nous habitons notre vie.

C’est quelque chose que j’ai commencé à comprendre plus profondément lors de mon voyage en Inde. Là-bas, le yoga n’était pas présenté comme une performance ni comme une identité. Il faisait partie du quotidien, d’une manière de vivre, de respirer, de regarder le monde.

J’ai réalisé que le yoga pouvait être à la fois simple et immense.
Qu’il ne demandait pas de devenir quelqu’un d’autre, mais plutôt d’apprendre à être plus présent à ce qui est déjà là

Chaque fois que l’on revient au moment présent, on pratique déjà le yoga

Les Yoga-Sûtra de Patañjali

L’un des textes majeurs de la tradition yogique est le Yoga-Sûtra de Patañjali, rédigé il y a environ deux mille ans.

Ce texte n’est pas un manuel de postures.
Il propose une réflexion profonde sur le fonctionnement du mental, la souffrance humaine, l’attention et le chemin vers plus de clarté intérieure.

Patañjali y décrit ce que l’on appelle les huit membres du yoga (aṣṭāṅga yoga), huit dimensions complémentaires d’une pratique qui touche autant la manière de vivre que la manière de respirer, de bouger ou de méditer.

Ces huit piliers ne sont pas des étapes à réussir dans un ordre parfait.
Ils sont plutôt des repères. Une manière de comprendre que le yoga engage l’être humain dans sa globalité.

Les Yama sont des principes éthiques qui concernent notre manière d’être en relation avec les autres, avec le vivant et avec nous-mêmes.

Ils invitent notamment à cultiver :

  • la non-violence (ahimsa)
  • la vérité (satya)
  • la simplicité
  • le respect de l’énergie
  • le non-attachement

Ces principes ne sont pas des règles morales rigides.
Ils demandent surtout une forme de lucidité : observer la manière dont nous parlons, réagissons, jugeons ou consommons.

Le yoga commence déjà là.

Les Niyama concernent l’espace intérieur : la discipline personnelle, l’étude de soi, la capacité à revenir à l’essentiel.

Ils incluent notamment :

  • la clarté intérieure
  • le contentement
  • la discipline
  • l’observation de soi
  • la confiance dans quelque chose de plus grand que l’ego

Dans une époque qui pousse souvent à l’agitation et à la comparaison, ces principes rappellent l’importance de revenir à une forme de simplicité intérieure.

C’est souvent la porte d’entrée du yoga moderne.
Et contrairement à ce que l’on entend parfois, les postures ont une véritable profondeur.

Les āsana ne servent pas uniquement à assouplir ou renforcer le corps.
Elles développent aussi :

  • la stabilité
  • l’attention
  • la respiration
  • la capacité à observer ses réactions
  • la relation entre effort et relâchement

Dans les Yoga-Sûtra, Patañjali décrit l’āsana comme une posture à la fois stable et confortable : sthira sukham āsanam.

Cela peut sembler simple, mais c’est déjà une pratique profonde.

Rester dans une posture demande parfois d’observer l’impatience, la résistance, le besoin de contrôle ou la difficulté à respirer pleinement.

Le corps devient alors un espace d’écoute.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes découvrent le yoga par les postures. Et c’est précieux.
Le corps peut devenir une porte d’entrée vers quelque chose de plus subtil : une meilleure conscience de soi.

Le souffle occupe une place centrale dans le yoga.

Le mot prāna peut être traduit par énergie vitale, et āyāma par expansion ou maîtrise.

Le prānāyāma désigne donc l’art de travailler consciemment avec la respiration.

Respirer influence directement :

  • le système nerveux
  • le rythme cardiaque
  • l’état émotionnel
  • la qualité de concentration

Apprendre à respirer différemment, c’est souvent apprendre à réagir différemment.

Nous sommes constamment sollicités : écrans, bruit, informations, stimulation permanente.

Pratyāhāra correspond à la capacité de ramener l’attention vers l’intérieur.

Ce n’est pas se couper du monde.
C’est développer une forme de recul, de présence et d’écoute intérieure.

C’est ce moment où l’on ferme les yeux dans une posture et où l’attention commence doucement à se déposer.

Le calme intérieur ne dépend pas toujours du silence extérieur.

Dhāranā est la capacité à stabiliser l’attention.

Dans un mental souvent dispersé, revenir à un point d’attention, une respiration, une sensation, un mantra, devient déjà une pratique profonde.

La concentration n’est pas un contrôle rigide.
C’est un entraînement patient de l’attention.

Lorsque l’attention devient plus stable, la méditation peut émerger naturellement.

La méditation n’est pas l’absence de pensées.
C’est un état de présence plus continu, où l’on cesse progressivement de s’identifier à chaque mouvement du mental.

Cela demande du temps, de la pratique et beaucoup d’humilité.

Samādhi est l’état d’unité décrit dans les textes yogiques.

Un état où les séparations entre le corps, le souffle, le mental et la conscience semblent s’apaiser.

C’est une expérience difficile à décrire avec des mots.
Et probablement pas quelque chose que l’on “atteint” de manière définitive.

Mais il arrive parfois que certains instants du quotidien en donnent un aperçu :

  • dans le silence
  • dans la nature
  • dans le mouvement
  • dans une profonde sensation de présence

« Une douleur dans le dos peut venir d’une cicatrice abdominale. Le corps compense, s’adapte, se réorganise — jusqu’à ce que quelque chose finisse par craquer ailleurs. »

Le yoga comme chemin vivant

Les huit piliers du yoga ne sont pas une liste à réussir parfaitement.

Ils rappellent simplement que l’être humain ne se résume ni à son corps, ni à son mental.

Le yoga nous invite à développer :

  • plus de conscience
  • plus de stabilité
  • plus de présence
  • une relation plus juste à soi et au monde

Les postures ont leur importance.
Le souffle aussi.
Le mental, les émotions, la manière de vivre également.

Tout est lié.

Et peut-être que le yoga commence simplement là :
dans cette capacité à revenir au corps, à respirer plus consciemment, et à habiter un peu plus pleinement sa propre expérience.


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